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Décembre 2014 : 3 nouveaux articles sur la fin de notre périple en Chine et toutes les photos correspondantes enfin en ligne !

- Les miroirs de Jiuzhaigou

- Shanghai vs Xitang

- De la montagne Jaune aux rizières du Dos du Dragon et aux Pics de Yangshuo

De nouveaux posts sur la fin du voyage vont continuer à arriver, ne vous inquiétez pas ! A vénir : Hong-Kong, le Népal, l'Inde et l'Afrique du sud.

Les 2 derniers articles publiés :

Dans Chine

Les miroirs de Jiuzhaigou

Le 28/12/2014

Nous arrivons dans la petite ville de Langmusi le mardi 12 novembre au matin. Située aux pied de pics enneigés, entourée de plaines herbeuses et de forêts pointues, à l’intersection des régions de Gansu, Qinghai et Sichuan, elle nous plonge dans l’univers pittoresque du Tibet aussi surement que si nous nous trouvions au cœur du pays. Il s’y trouve non pas un mais deux monastères bouddhistes tibétains. Le plus grand, Kerti Gompa, se trouve coté Sichuan et héberge 700 moines. Le 2ème, Sertri Gompa, se trouve sur une colline côté Gansu mais en plus d’être payant il est beaucoup moins impressionnant. Du coup, fidèle à nos principes de parcimonie nous n’allons visiter que le premier.

Avant cela nous avons tout de même dû trouver un logement et en basse saison dans ce petit village reculé, ce ne fut pas chose aisée. Nous avons presque l’impression d’une ville fantôme, toutes les agences touristiques sont fermées et seulement un hôtel sur deux est ouvert… Celui que nous finissons par choisir s’avère être l’un des plus insalubres que nous aurons le bonheur de croiser en Chine, mais comment pourrait-on se plaindre alors qu’il y a un toit (en tôle), de la moquette (noire de crasse), 2 lits (aux draps suspects), des toilettes communes (marron de crasse cette fois, c’est multicolore au moins), du chauffage (radiateur mobile de la taille d’un grille-pain) et des douches (froides) ? J C’est bien plus qu’il nous en faut enfin ! Et puis ce n’est pas cher (il ne manquerait plus que ça, me direz-vous… C’est pas faux). On y fait la rencontre d’une chinoise sympa mais un peu lunatique en vacance avec sa fille de 5 ans. Elle nous propose d’aller déjeuner avec elle avant la visite des monastères, nous emmène dans un restaurant, s’assoit avec nous puis s’en va au bout de 2 minutes sans expliquer vraiment pourquoi et ne revient pas… Bon ba oui on peut manger tout seul aussi pas de problème vous savez… Elle ne semble même pas être de mèche avec le restaurateur, juste complètement à l’ouest à priori.

Nous partons ensuite à travers les petites rues bordées de neige où nous nous faufilons jusqu’aux bâtiments impressionnants de Kerti Kompa. On retrouve l’architecture typiquement tibétaine des temples que nous avions admiré à Xiahé, mais cette fois le reste de la ville fait plus penser à un petit village rural des montagnes alpines qu’à un centre urbain rempli de HLM abandonnés, ce qui est particulièrement agréable. On se balade quelques temps dans les rues  du monastère, croisons quelques moines sympas sur le chemin de prière faisant le tour, mais décidons de ne pas visiter l’intérieur des temples. Nous en avons beaucoup vu à Xiahé et préférons donc optimiser notre temps ici pour parcourir la nature alentour, également très réputée.

Nous nous dirigeons donc vers la gorge de Namo qui débute à l’est du village (un vieux moine rigolo nous en indique le chemin) par un étroit passage aux bords très escarpés au fond duquel coule une petite rivière. De chaque côté de la gorge plusieurs grottes percent les parois et de hauts pins culminent sans cacher complètement les hauts pics qui promettent des paysages fabuleux en second plan. Cette première partie est sacrée, les drapeaux de prière claquant au vent sont innombrables et certaines grottes servent clairement de lieu de méditation et de prière.

La gorge finit par s’ouvrir en une vallée serpentant entre des pics restant tout de même très rapprochés les uns des autres. Ceci fait que dès que l’on passe un virage on a envie d’aller jusqu’au suivant, pas très loin, pour voir ce qu’il y a derrière et qu’on ne s’arrête jamais de marcher jusqu’à la mort. Bon, on finira tout de même par faire demi-tour je vous rassure. C’est la neige qui aura raison de ma volonté, recouvrant complètement le chemin, haute jusqu’au genou et s’étendant à perte de vue jusqu’au premier col il semblait peu utile de persévérer surtout sans équipement étanche.

Mais cette balade vaut définitivement la peine. Attention tout de même, les guides tels que le Lonely Planet disent de s’arrêter à la grande prairie marquée par 3 grands cairns et même s’il est vrai que le panorama y est particulièrement splendide, il l’est encore plus un peu plus loin au pied de cette longue montée vers les cols dont je parlais il y a quelques lignes. Donc persévérez jusque là sérieusement !

En rentrant nous croisons sur le chemin de prière deux petites vieilles le parcourant en papotant. Nous prenons initialement l’une d’elles pour un homme du fait de son crane rasé mais il s’avère en fait que c’est une moine. Elles nous sourient en passant et nous échangeons 2-3 mots sur le guide que nous tenons à la main mais la barrière de la langue devient vite un obstacle embêtant. Dans la rue principale nous tombons de nouveau sur notre chinoise un peu fofolle qui nous double en taxi. Elle nous propose de nous emmener avec elle ce qui est gentil c’est vrai mais pas vraiment super utile puisque nous nous trouvons alors à 100m de notre hôtel. Lorsque nous la retrouvons sur le trottoir elle nous explique être allé dans un petit village à 3km de là et avoir assisté à une scène de cannibalisme, ou plutôt de nécrophagie. Un petit vieux récemment décédé aurait été découpé devant elle et le reste du village puis cuisiné et dévoré…. Mmmh mmmh oui oui oui tout à fait. Et la marmotte elle met les restes dans le papier alu ? En fait soit elle est tombé sur un village de psychopathes congénitaux, soit elle s’est un peu emmêlée les pinceaux avec la coutume tibétaine qui veut que les morts soient offerts aux animaux sauvages et donc laissés nus, potentiellement découpés au préalable, dans un endroit bien précis. On y assiste alors à un véritable festin pour les corbeaux (si tu nous lis au lieu de bosser au prochain tome George, elle est pour toi celle là) et autres charognards en tout genre.

Le soir, ville à moitié abandonnée oblige, nous parcourons sans succès les rues à la recherche d’un restaurant typiquement tibétain (dernier soir dans ces régions d’influence tibétaine) pour finalement revenir au petit boui-boui chinois à coté de notre hôtel. Il n’est pas trop mal hein, je dis pas, mais bon on mange ce qu’on va se taper tous les jours pendant encore 4 semaines donc on aurait pas été contre un petit sursis !

Après une formidable nuit dans notre hôtel pouilleux, nous sortons attendre le bus à 7h. Il fait encore nuit noire et la température est glaciale, du coup les autres passagers font un grand feu avec des cartons au milieu du trottoir, not a single fuck given J On ne se fait pas prier pour se mettre autour en tout cas.

Le bus tardant arriver nous décidons avec 8 autres touristes d’accepter l’offre d’un gentil monsieur nous proposant de nous emmener dans son van pour la modique somme de 30Yuan par personne (au lieu des 25 du bus).

Je m’aperçois que je ne vous ai toujours pas dit où nous nous rendons de si bon matin. C’est fâcheux et vous m’en voyiez contrit, votre impatience est palpable à travers l’espace-temps qui nous sépare en ce moment (enfin, en CES moments devrais-je dire, n’est ce pas ?). Mais bref revenons plutôt à notre histoire. Nous nous rendons tout simplement à Zoïgé au Sichuan, où nous prendrons ensuite un bus pour Songpan et de là un nouveau bus vers la réserve naturelle de Jiuzhaigou. Il était important que nous y arrivions le soir afin de pouvoir en commencer la visite dès le lendemain matin à l’ouverture. On a toutefois failli passer à côté de notre plan puisque le dernier bus passera devant l’entrée du parc et les nombreux hôtels voisins sans s’y arrêter.  Rien n’est écrit en anglais, nous ne sommes  donc pas complétement sûrs d’être au bon endroit et puis on se dit alors que si ça avait été là il se serait forcément arrêté. Mais km après km, inlassablement, ce damné bus continue sa route emportant avec lui nos espoirs d’une optimisation impeccable de notre temps dans la région. Enfin arrivés et arrêtés dans la grande ville suivante, à au moins 30km de ce que nous pensions être l’entrée de la réserve (avec justesse au final), on hésite sur la marche à suivre. Rester dormir ici ou prendre un taxi pour y retourner dès maintenant. Après toute une journée de voyage nous rageons de ce temps perdu qui aurait facilement pu être évité. Nous faisons donc un dernier essai sans y croire vraiment avant de baisser complètement les bras : un bus public se dirige dans la bonne direction mais comment un tel bus pourrait-il avoir un parcours de 30km sur des routes de montagne ?! Et bien si… Sa route passe devant la réserve et il ne coute que 5yuan ! Du coup j’arrête de pester contre l’univers (au grand soulagement d’Anaïs) et nous parvenons enfin à destination. Nous nous trouvons une bonne petite auberge de jeunesse près de l’entrée, faisons les courses pour le lendemain, dinons, et tentons de faire une lessive : au bout de 30 min rien n'a encore été lavé, car il faut en fait remplir le tambour manuellement via un tuyau d'arrosage avant de lancer le programme.... Ah ok! Bon mais du coup l'eau va rester froide non ? Enfin froide, je veux dire glaciale. Oui oui! Ca ne va rien laver du tout du coup et on va se retrouver avec des vêtements à moitié humides demain matin pour rien, c'est ça ? Voila, mais c'est toujours 5Yuan la machine s'il vous plait. Bref c'est pas la panacée mais nous finissons par y arriver (idem pour l'essorage, au bout d'un moment la machine chauffe alors s'arrête, il faut la relancer, etc...) étendons la "lessive" dans notre chambre à -5°C, essayons le wifi (sans succès)  et éteignons les lumières. Petit plus tout de même, les lits sont chauffants. Tel un siège auto, le matela chauffe doucement sous votre ventre c'est un véritable délice dans une chambre sans chauffage au milieu des montagnes chinoises.

Certes nous nous levons avant à l’aube, dans un froid mordant qui nous assaille dès les couvertures retirées mais c’est après une bonne nuit de sommeil et c’est vraiment ce qui compte étant donné la journée qui nous attend (même si nous n’en prenons pas encore toute la mesure à ce moment précis).

La réserve naturelle de Jiuzhaigou est un véritable bijou. Composée de 118 lacs à l’eau turquoise et absolument translucide, elle s’étire le long d’une rivière dont les embranchements  courent à travers 3 vallées (Zechawa, Shuzheng et Rize) et d’où s’élèvent de hauts pics enneigés à plus de 4000 d’altitude. Les forêts particulièrement denses par lesquelles passent la rivière sont partout sur les flancs des montagnes, et supposément abritent quelques pandas à l’état sauvage (que nous ne verrons malheureusement pas). L’endroit est étonnamment bien préservé pour la Chine et c’est tant mieux.

L’entrée du parc est par contre particulièrement chère (220 Y), et c’est sans compter le bus que l’on peut prendre pour parcourir les 30km de vallée séparant l’entrée du point le plus reculé du parc, la forêt vierge au pied du mont Ganzigongaii, (sans compter la 3ème branche du parc, 18km vers le « Long lake »). Ce bus n’est pas obligatoire  mais il va sans dire que pour visiter une grande partie du parc, il est indispensable. Un ticket hop-on / Hop-off coute 90Y et permet donc de monter et de descendre autant fois que l’on souhaite. Tout cela c’est bien beau mais complètement hors budget. D’autant plus que Bouddha n’est décidemment pas en notre faveur : les tarifs d’hiver commence à s’appliquer le 18/11, soit 4 jours plus tard seulement, diminuant le prix d’entrée à 80Y ! Mais nous avons plus d’un tour dans notre sac, et confortés par notre expérience de la fausse carte d’étudiant à Xi’An, nous renouvelons l’expérience pour avoir moitié prix. Cette fois la guichetière est plus difficile à convaincre (comment se fait-il qu’il n’y est pas de photo sur votre carte d’étudiant ? etc. etc.), mais sans nous démonter, à force de larmoyer et d’insister sur notre bonne foi (tout à fait légitime évidemment) nous finissons par obtenir nos entrées à moitié prix. Comme d’autres voyageurs rencontrés la veille nous ont dit qu’il n’y avait aucun contrôle dans les bus-navette mis à part à la première station à l’entrée du parc, nous ne prenons pas de billet et décidons de marcher jusqu’à que la fatigue où la montre nous commande de faire autrement. C’est parti pour une marche qui durera finalement 19 km ! Comme nous sommes les seuls à entreprendre cette visite à pied, les chemins nous appartiennent complètement.

Au bout de 5km le premier lac s’ouvre devant nous, Bonsai Shoals, petit mais tenant toutes ses promesses d’une eau turquoise presque surnaturelle. Ensuite les lacs s’enchainent les uns derrière les autres paisiblement, de plus en plus grand, tel que le Shu Zheng, resplendissant avec ses chutes en amont, de faible hauteur mais d’une largeur impressionnante.

 

Un peu plus haut, sur le flanc de montagne se situe un petit village tibétain, charmant mais perdant un peu de son attrait du fait qu’une majorité de ses bâtiments abritent des magasins de souvenirs pour touristes. Il y a dans cette vallée 9 villages (les autres plus reculés par rapport au tracé du parc doivent certainement avoir gardés leur authenticité mais nous restent du coup invisibles), d’où le nom du parc, Jiuzhaigou, signifiant « la vallée aux 9 villages ». Une légende dit également que c’est la déesse Semo, jalouse et en colère contre son amant Dage le dieu de la guerre, qui en cassant le miroir que ce dernier lui avait offert en fit tomber les morceaux sur Terre, 118 morceaux créant ainsi les 118 lacs de la vallée.

Au bout de 14 km de marche, nous arrivons à l’embranchement des vallées, où deux options s’offrent à nous : vers l’ouest et la forêt vierge, avec encore beaucoup de lacs sur le chemin, ou bien vers l’est et le Long Lake et la piscine aux 5 couleurs. Etant donné que nous voulons continuer à marcher la première option nous semble la plus indiquée et c’est donc vers l’ouest que nous nous dirigeons. Juste avant cela nous passons au pied des incroyables chutes de Promising Bright Bay s’étendant de nouveau sur une largeur spectaculaire et cette fois d’une hauteur non négligeable.

 

Le lac suivant l’embranchement, le lac miroir, porte bien son nom, un bleu impossible, reflétant parfaitement les immenses montagnes alentours. Mais l’endroit n’a pas fini de nous couper le souffle, un peu plus loin une nouvelle chute, la chute des Perles est superbe, avec un chemin en bois aménagé de façon à en surplomber une partie, et à passer au-dessus de la rivière s’étalant sur tout le flanc de montage pour arriver à la chute.

Après le lac Panda (où ne voyons pas de Panda, non…), et 19km de marche, nous décidons de tenter de prendre un bus pour nous emmener jusqu’au bout de la route au mont Ganzigongaii. Effectivement personne ne nous demande rien et nous roulons tranquillement jusqu’au point culminant de la vallée. C’est toutefois un peu décevant car la forêt vierge n’est pas accessible aux touristes et même si la vue sur le mont est bonne, elle n’est pas non plus particulièrement  transcendante. Il est sans doute préférable de faire l'autre branche de la vallée plutôt que de pousser jusque là sur celle-ci.

L’après-midi étant bien avancée nous reprenons un bus pour descendre, faisons quelques stops rapides pour admirer des paysages pas vus dans le sens inverse, puis reprenons la route. Nous décidons tout de même d’arrêter le bus 5km avant l’entrée du parc, et ce pour 2 raisons : d’une part il y a un petit temple tibétain sur un chemin partant vers l’est avant l’entrée du par cet nous voulons le visiter, et d’autre part Anaïs a peur que l’on se fasse contrôler à la sortie du bus en arrivant en bas. Mieux vaut être prudent c’est vrai,  la police chinoise n’est pas réputée pour son indulgence et sa demi-mesure. Mais bon…. 5km avant, on avait tout de même de la marge c’est tout ce que je dis… Juste avant le chemin menant au temple par exemple… Enfin passons, la marche c’est bon pour la santé ! Nous allons donc voir ce temple, dont la pointe dorée de son énorme chorten se laisse apercevoir au dessus des arbres avec les montagnes en arrière plan. Rien que pour cette vue cela valait le petit détour, et d’ailleurs presque seulement pour cette vue puisque le temple s’avère fermé et complétement désert.

 

Ceci clôture notre longue marche à travers Jiuzhaigou d’où nous sortons tranquillement alors que le soleil se couche. Avant de perdre toute motivation, nous faisons le km qui nous sépare de la gare routière pour aller acheter nos billets de bus du lendemain matin, puis les 1,5km jusqu’à notre auberge. C’est donc rapidement que nous dinons avant de nous écrouler au lit, exténués mais aussi enchantés par Jiuzhaigou (cela dit, nos vêtements étendus la veille au soir dans la chambre ne sont toujours pas secs Clin d'œil).

Ainsi de bon matin de ce vendredi 15 novembre, nous mettons le cap vers Chengdu, ville principale de cette région du Sichuan, où nous arrivons en début d’après-midi. Le bus nous dépose à proximité d’une station de métro qui nous emmène à proximité d’une auberge repérée dans le Lonely Planet, près des quais très animés de la Brocade river et du High Fly café. A peine sortis de la bouche de métro, les sangles de mon sac à dos principales, déjà rafistolées au Mexique et misent à rude épreuve depuis, lâchent pour de bon. C’est donc à bout de bras que je le porte jusqu’à l’auberge (ce qui d’ailleurs motivera notre décision d’y rester plutôt que d’aller en visiter d’autres, bon et puis également le petit patio intérieur et la table de ping-pong à disposition). Je dédis donc cet article à mon cher ancien manager Beijaflorien qui me vendît ce merveilleux sac. Pour les 2 mois de voyage restants, il ne me semblait peu judicieux budgétairement d’investir dans un nouveau sac, étant donné que je pouvais très bien le transporter dans la house d’avion en bandoulière. Non je ne me suis pas du tout fait mal au dos 30 fois durant les 2 mois qui ont suivi, c’était parfait !

Une fois installé dans notre auberge, nous décidons de prendre le reste de la journée pour vaquer à nos occupations favorites. Anaïs est donc allé faire les courses (la veinarde) et de mon côté, je rattrapais un peu de mon retard par rapport au blog.

Le soir nous rencontrons un anglais (Edward il me semble, mais rien n’est moins sûr), particulièrement sympa (oui ceci est surprenant) vivant et enseignant sa langue maternelle à Shanghai, avec qui nous rejoignons un groupe composé de quelques français et autres membres de pays européens, sur les quais de la Brocade pour quelques bières en plein air. Nous nous mettons ensuite en quête de la rue festive de Chengdu : bars, clubs, restaurants, petits bouis-bouis à brochettes s’y disputent l’espace et l’attention du visiteur nocturne. Un groupe de chinois très en forme, assis à une grande table extérieure prêt d’un stand de brochettes, où l’alcool avait du coulé à flot depuis un certain temps, nous invite à les rejoindre. L’ambiance est absolument improbable, à coups de Gambai ! les tournées de bière et de brochettes s’enchaînent et les discussions anglo-chinoise se font de plus en plus facilement et joyeusement. Comme nous l’avions déjà remarqué à plusieurs reprises, les chinois sont très généreux quand il s’agit de boire et prennent très à cœur de partager leurs cigarettes dès qu’ils en allument une. Petit à petit notre groupe se décompose, certains partent vers des bars, d’autres vers des clubs, Edward finit par en rejoindre certains. De notre côté nous restons avec nos amis chinois jusqu’à leur départ puis rentrons nous coucher.

Notre auberge propose plusieurs excursions vers les attractions principales de Chengdu et de ses alentours mais semble prendre une bonne marge par rapport au coût effectif du transport et des entrées éventuelles. Il vaut donc bien mieux se débrouiller par soit même pour se rendre à ses différents endroits.  La veille nous avions également pris un peu de temps pour organiser nos prochaines journées, et notamment notre long voyage vers Shanghai où nous souhaitons arriver en début de semaine pour faire nos prolongations de visas, et ceci en perdant le moins de temps possible (si 5 jours ouvrés suffisent). Le train Chengdu-Shanghai prenant environ 30h il nous faut donc partir en fin d’après-midi samedi pour arriver dimanche soir. Etant donné que les chinois sont de grands malades, plus d’1 milliards et toujours en vadrouille, ce genre de trajet abominablement long (insupportable pour le commun des mortels), est pris d’assaut tous les jours et les places couchette premier prix sont donc toutes réservées plusieurs jours à l’avance. Les classes supérieures sont hors de prix, nous nous rabattons vers les places assises avec une anticipation pour ce voyage qui promet d’être particulièrement agréable.  Mais attendez nous ne sommes tout de même pas venus à Chengdu pour rien,  notre sens inné de l’organisation nous donne le temps de nous rendre au parc zoologique des grands pandas. Un bus public à 1 ou 2 yuan nous y emmène très facilement (vraiment pas besoin de payer d’excursion). Nous tentons d’obtenir le prix étudiant avec nos fabuleuses cartes contrefaites (avec une habilité remarquable), mais cette fois ce sont seulement les étudiants chinois qui ont droit à la réduction. Nos talents en contrefaçon et en maquillage sont battus, nous payons plein tarif.

C’est sûr que cela aurait bien de pouvoir les observer en liberté mais vu qu’il n’en reste qu’environ mille à l’état sauvage c’est fortement compromis et le parc de Chengdu fait une substitution parfaitement honorable. Les enclos à l’extérieur sont nombreux, variés,  et espacés. Les animaux y semblent à l’aise pour dormir, jouer (mais pas trop parce que c’est épuisant) et passer plusieurs heures à ingérer leurs 40kg de bambous quotidien.

Ces animaux adorables, branche distante de la famille des ours et vieux de plus de 8 millions d’années, ont survécu au profond bouleversement climatique de la période glacière en changeant leurs habitudes alimentaires, passant d’un régime carnivore à un régime bambouhivore. Leur système digestif n’étant pas du tout fait pour assimiler ces plantes, c’est pour cette raison qu’il leur faut en ingérer plus de 40kg par jour pour se sustenter. En plus d’avoir la libido d’une nonne effarouchée, les pandas sont des partenaires exigeants et ne se reproduiront qu’avec un congénère leur plaisant physiquement (rien à faire de la beauté intérieure, de la personnalité de l’autre, c’est tout bonnement écœurant, je ne vous le fais pas dire !). Cela explique donc leur faible nombre mais on se demande surtout comment ils ont tenu 8M d’années.

Toutes ces considérations ne nous empêchent pas de nous extasier devant ces animaux fabuleux, par groupes de 2, 3 ou 4, ou même en gros solitaire, leur perpétuel air pataud et maladroit est très amusant. Nous tombons ensuite sur 3 petits séparés quelques temps de leurs mères pour une raison ou une autre, pas encore très à l’aise dans leurs mouvements mais pas peu joueur pour autant.

L’un d’eux se met subitement à geindre de façon touchante, toujours à moitié dans son sommeil ce qui finit par faire accourir une employée (dont je pense à ce moment précis tout le monde enviait le travail) qui le prend dans se bras, le caresse et le berce pour le réconforter.

Nous finissons notre visite par les 2 enclos des petits pandas rouges, à mon avis les animaux les plus adorables au monde (même si à un moment l’un d’eux se fait pourrir par 2 ou 3 autres et à moitié exclure du groupe,…On se serait cru dans une cour de collège). Un musée vaut également le détour, nous y apprenons quelques infos intéressantes dont j’ai parlées plus haut et voyons un documentaire sur les tentatives de reproduction naturelles qui sont faites dans le parc, complétées en majorité par des inséminations artificielles.

De retour à l’auberge nous nous mettons en route pour la gare et nous nous préparons psychologiquement pour le voyage interminable qui nous attend.

30h de voyage au milieu d’une véritable cour des miracles chinoise, entassés à 3 par banquette à dossier parfaitement droit. C’est évident que ce fut pas le meilleur moment de notre périple, mais pas non plus aussi déplaisant qu’on aurait pu s’y attendre. Une certaine bonne humeur règne dans ces wagons surpeuplés et même si nous ne parvenons qu’à dormir quelques heures, le temps passe plutôt vite. Il me semble que c’est durant ce trajet qu’un monsieur se mit à chanter de très belles chansons chinoise à la manière d’un ténor d’opéra. 1 ou 2 personnes successivement se joignent à lui spontanément, mettant tout le wagon sous le charme. A chaque fin de chanson les applaudissements pleuvent et les remerciements répétés du fameux chanteur « shéshé, shéshé » se font entendre, ce qui ne cessent de m’amuser.

Après donc une dizaine de chansons, 4 repas à base de soupes de nouille, 200 pages de livre lus, quelques épisodes de Shameless visionnés, 2 ou 3 bracelets tressés, 20 tentatives d’endormissement avortées et des kilomètres de paysage observés, nous arrivons enfin dans la grande ville de Shanghai, dimanche soir, où notre auberge, réservée sur internet la veille, nous attend à bras (et surtout lits) ouverts Sourire

Dans Chine

Xi'An et Xiahé sont dans une jonque

Le 18/01/2014

C’est le lundi 3 novembre que nous arrivons à Xi’An, ville fortifiée de la province de Shaanxi, marquant le début (ou la fin, ça dépend dans quel sens on regarde) de la célèbre route de la soie. Cette ville et ses environs fourmillent de lieux historiques, elle est incontournable lors de tout voyage en Chine qui se respecte. Les remparts de la vieille ville forment un carré parfait, il est possible d’y grimper et d’en faire le tour en vélo (ou à pied, mais du coup c’est long). Mais n’imaginez pas pouvoir yvous y rendre sans ouvrir votre bourse au préalable, comme absolument TOUTE activité en Chine, c’est payant et pas donné (finalement on n’y est pas allé, mais ce n’est pas qu’on soit radin c’est surtout que Carole était toujours avec nous et qu’elle l’avait déjà fait cette bougresse !).

Après avoir déposé nos sacs dans un hotel vraiment sympa juste à coté de la sortie sud de la vieille ville (Shuyuan youth hostel), nous nous aventurons à la découverte du quartier musulman. Ca aussi Carole l’a déjà visité, mais bon il s’y trouve un grand nombre de petites boutiques, d’étales et autres vendeurs de rue, donc étonnament cela ne la dérange pas d’y retourner ;) Pour ma part ça me lasse assez vite et je fais donc cission pour partir de mon coté voir la Grande Pagode de l’Oie Sauvage au sud de la ville. Celle-ci, d’une impressionnante hauteur et richement ornementée, fut construite en 652 AD pour abriter des textes bouddhites sacrés (Sustras) par le moine Xuan Zang, ramenés d’Inde et qu’il passa 19 années de sa vie à traduire avec une équipe de linguistes. Le réseau de bus de Xi’an, comme dans beaucoup de ville en Chine d’ailleurs, est extrèmement développé. Il doit y avoir plusieurs centaines de lignes, et pour chacune d’elles les bus s’enchaînent à peu près toutes les 5 minutes, voire moins sur certaines lignes (nous voyons des bus s’enchaîner toutes les 30 secondes environ…). C’est juste complètement fou ! Mais bon, c’est vrai qu’ils sont beaucoup ces chinois. Bref du coup il est très facile de circuler en transport en commun, pas besoin de dépenser plus en taxi.

Le lendemain nous partons à la conquête du mont Hua Shan, l’une des cing montagne sacrée du Taoisme. La légende veut que des hermits taoistes de plus de 500 ans y vivaient, ne subsistant que d’épine de pin et d’herbes sauvages. Pour s’y rendre il suffit de prendre un bus à la gare pour 22Y, qui couvre les 130km en 2h. Si vous comptez faire l’A-R dans la journée, partez très tôt afin d’avoir le temps de faire autre chose que monter et redescendre. Pour notre part nous comptons dormir au sommet et assisiter au lever du soleil depuis le pic Est. On a tous en tête les dessins de montages chinoises que l’on voit sur les vieilles tapisseries, les vases etc… Un assemblage de pics presques verticaux, de couleur claire, et surmontés et parsemés par des groupes d’arbres verts et tarabiscotés, et s’élevant au-dessus d’une mer de brume bleutée. Et bien c’est exactement ça. Du coup l’ascension n’est pas de tout repos, les chemins ne font pas beaucoup de détours et sont donc très raides  la plupart du temps. Au mont Hua Shan il y a 2 chemins possibles (ce qui permet de varier pour la montée puis pour la descente) : coté Est, où se trouve le fameux chemin des soldats (et le téléphérique pour les riches feignants), et coté ouest. Le chemin des soldats est plus court mais bien plus abruptes et 2 sections de 50m sont pour ainsi dire verticales, marches très étroites taillées dans la roche avec une chaîne courant sur le coté pour se tenir (et ainsi ne pas mourir). Mais c’est finalement décevant puisque aujourd’hui ces grandes sections verticales sont fermées et des escaliers normaux permettent de les contourner. C’est pour descendre que nous emprunterons ce chemin qui n’est tout de même pas de tout repos puisqu’il n’est constitué QUE de marches. Et descendre des marches abruptes pendant 3h je peux vous assurer que ça vous flingue les genoux et les mollets bien comme il faut.

Pour l’ascension nous prenons donc le chemin de l’ouest partant du village Hua Shan. Au départ de ce dernier nous faisons la rencontre de 3 suédois avec qui nous marcherons jusqu’au lendemain (désolé j’ai complètement oublié les noms… hmmm… pas très grave, ils ne liront vraisemblablement pas ces lignes vu les 2 mois que j’ai mises à les écrire). Le chemin de l’ouest est moins abrutpes, en tout cas au début puisqu’il commence par 4km de chemin de pierres pavées serpentant sur les contre-forts du mont, mais la dernière partie passe tout de même par plusieurs escaliers taillés dans la roche quasiment verticaux. C’est fatiguant mais on relativise lorsqu’on voit les vieux chinois portant des centaines de kilos de provision en tout genre sur leurs épaules, pas après pas, vers les restaurants et hotels aux sommets des 5 pics. Cela doit coûter bien moins cher à ces derniers de faire monter leurs provision à dos d’homme plutôt que par le téléphérique… En gérant bien son stock (parce que bon du coup faut pas avoir un besoin urgent de margarine ou de café), pourquoi s’embêter à payer plus c’est sûr.

Le mont Hua Shan est en effet constitué de 5 pics : Nord, Sud, Est, Ouest et Centre. L’ascension se fait sur le pic nord, depuis lequel il est ensuite possible de passer de pic en pic (sans avoir à redescendre dans la vallée, Dieu merci). Nous arrivons sur le pic nord après 3h de marche, en milieu d’après-midi. La vue est epoustouflante, d’une part sur les nombreux monts aux alentours qui percent la brume tout autour de Hua Shan et d’autre part sur les 4 autres pics, fanstastiques et majestueux avec leurs arêtes abruptes, leurs rochers imposants, les buissons survivant dans les failles de leurs paroies et les forêts aux arbres tordus s’étalant sur leurs sommets. C’est d’ailleurs une gigantesque arrête abrupte qu’il faut emprunter pour rejoindre les autres pics. C’est impressionnant mais sans doute pas autant qu’il y a quelques dizaines d’années. Aujourd’hui des marches y sont taillées alors qu’avant les visiteurs devaient la passer à quatre pattes… Ca laisse rêveur. Depuis le pic central nous nous dirigeons avec Carole et nos amis suédois vers le pic Est où nous comptons passer la nuit, afin d’être en position pour le lever du soleil. Ici le chemin passe soit par des escaliers, soit par une section verticale (et même avec un léger surplomb) taillée dans la roche, type chemin du soldat, sur une quinzaine de mètres. Evidemment nous l’empruntons et finalement c’est heureux de ne pas avoir à monter ce genre de passage sur plus de 50m ;) Partout sur les barrières en chaîne des milliers et milliers de cadenas à prière avec de petits foulards rouges sont attachés et fermés par les locaux et les touristes espérant ainsi voir leurs vœux se réaliser. Les prix des hotels sur les différents pics sont assez exhorbitants, 200Y pour la plupart, mais nous finissons par en trouver un bien pourri qui nous offre gracieusement un lit dans un dortoir de 16 non chauffé pour seulement 100Y :p 

La nuit finit par tomber et la température ne tarde pas à la suivre. Nous faisons donc un rapide festin de nos soupes de nouilles apportées en haut à la sueur de nos fronts et allons nous coucher relativement tôt (pas grand chose d’autre à faire dans la nuit froide et en plus il va falloir se lever tôt pour le lever de soleil). Le dortoir ne tarde pas à être envahi de touristes chinois reprenant ainsi la majorité sur l’Europe que nous représentions vaillamment à 6. Le matin, pas de surprise, la température est toujours glaciale. Ce n’est donc pas très amusant d’attendre que ce fichu soleil daigne se montrer, mais au final le spectacle en vaut la chandelle et c’est sous les applaudissements des nombreux touristes se trouvant sur les bords du pic est que celui-ci apparaît enfin. Nous finissons ensuite notre tour des pics du Hua Shan : sud, ouest puis de nouveau le pic nord pour entamer la descente par le chemin du soldat. Au pied de ce coté de la montagne il faut aussi prendre une navette pour rejoindre le parking où arrivent et partent les bus pour Xi’An, mais cette fois, allez savoir pourquoi, elle est payante et aussi chère que le bus pour Xi’An. Vu le prix d’entrée pour le mont, ça fait un tout petit peu chier finalement mais bon ce n’est pas la première fois ni la dernière que le nombre de choses payantes en Chine nous laissera pantois.

 Après être revenu sur Xi’An et avoir pris une bonne nuit de sommeil (au chaud), nous décidons d’aller visiter le tombeau de l’Empereur Jingdi. Pour cela nous suivons les indications (jamais erronnées comme nous le savons bien) du Lonely Planet. Ils nous disent de prendre le bus 4 depuis le mur nord de la vieille ville jusqu’à une proche banlieue, puis de prendre un autre bus 4… Déjà c’est suspect, soit dans la tête de l’auteur il n’y a que des bus 4 à Xi’An, soit il y a une faute de frappe, soit le réseau de bus de Xi’An n’est pas très pratique à suivre. Etonnament donc le bus 4 ne viendra jamais mais après renseignement pris auprès d’un passant, nous trouvons le bon bus. A l’embranchement pour le second bus nous demandons donc de nouveau à une passante. Celle-ci, parlant un anglais impeccable, nous propose de l’accompagner chez son frère travaillant à proximité pour qu’elle regarde sur internet. Une fois dans la boutique de son frère cela devient du grand n’importe quoi. Ils nous offrent du thé, des cigarettes, puis son frère nous dit qu’il n’y a pas de bus pour se rendre au tombeau. Il propose de nous prêter sa voiture pour y aller…  WTF ? Je lui dis que je ne suis pas sûr d’avoir le droit de conduire sa voiture mais que s’il m’indique le chemin, pourquoi pas. On nage tout de même en plein délire. Mais il change d’avis et nous propose finalement de nous emmener et de venir ensuite nous chercher… Heuuu OK mec, mais bon nous si tu nous indique juste quel bus prendre ça nous va tu sais. La fille, Ruby, nous propose alors de venir avec nous et de nous servir de guide si on lui paye son billet d’entrée. Nous acceptons donc et partons avec elle, son frère et une amie à eux pour le tombeau. Son frère repart, nous payons le billet de Ruby, son amie paye le sien (on est un peu dég car à quelques jours près on passait en basse-saison et le prix chutait de moitié) et nous nous dirigeons vers l’entrée. Toutefois juste avant d’entrer nous apercevons un bus 4 arriver sur le parking… Il existe donc bel et bien ! Tant pis, la situation est plus amusante ainsi, avec cette famille bizarrement gentille.

L’intérêt principal du tombeau de Jingdi réside dans les 21 fosses étroites, excavées, où se trouvent plus de 50 000 petites figurines en terre-cuite représantant toutes sortes d’éléments à la fois de la vie militaire, mais surtout de la vie quotidienne : des centaines d’animaux de ferme, des chariots, des gens de la cour, des ustensils de cuisisne etc… L’empereur entendait ainsi continuer sa vie dans l’au-delà sans changement, comme si de rien n’était. Les fosses (à priori la majorité n’est pas encore excavée) sont positionnées telles les rayons d’un soleil autour d’une colline, le tout était entouré par un mur d’enceinte dont une toute petite partie subsiste, restaurée mais en mauvais état. Les fosses sont aujourd’hui situé très profondemment dans la terre, le musée donnant accès à 21 d’entre elles est donc sous-terrain, c’est assez marrant et plutôt bien amménagé. Nous nous baladons ensuite dans les forêts avoisinantes. Celles-ci nous semblent banales mais Ruby nous dit que ces arbres aux feuilles jaunies par l’automne sont particuliers (pour une raison qui nous échappe finalement). Mais elle doit dire vrai car tout plein de chinois s’y promènent et posent de longues minutes pour des photos dans des positions absolument grotesques. Mais bon, on le savait les chinois raffolent des photos et Ruby ne fait pas exeption. Dès notre entrée dans la forêt elle et sa pote nous demandent de les prendre en photo. Elles se mettent alors à enlacer les troncs, à se courber, à se balacer tout en faisant des têtes bizarres sur des dizaines de photos. J’ai beaucoup de mal à ne pas éclater de rire…

Le retour vers Xi’An est encore plus surréaliste que l’aller. Ruby nous dit que finalement son frère ne pourra pas venir nous chercher, mais que comme il y a effectivement un bus ce n’est pas gênant… Ba voyons. Le problème c’est qu’il n’y a qu’un bus par heure et que ça doit être le seul de toute la Chine qui n’accepte pas plus de passagers qu’il n’y a de sièges… Et vu le monde devant il est clair que nous n’aurons pas les 2 suivants.  On commence légèrement à désespérer lorsque Ruby repère un petit groupe partant à pied dans une autre direction. Il s’avère qu’un chinois connaît un chemin menant à un village à 10 minutes de là d’où nous pouvons prendre un autre bus. Nous les suivons donc à travers la rase campagne et même si cela nous prend bien plus de 10 minutes nous passons un moment juste complètement improbable. Le Chinois que nous suivons est complètement rond ! Il chante, crie des monologues, tente de nous parler sans se soucier que nous ne comprenons pas un traitre mot de ce qu’il peut bien racconter, pose avec nous et les autres chinois nous accompagnant sur des dizaines de photos et vidéos. Ruby nous apprend que c’est un ancien avocat qui n’exerce plus (vu son état en milieu d’après-midi c’est sans doute mieux ainsi). Le chemin s’éternise un peu et je commence à douter que notre guide sache où il se trouve (ou même qui il est) lorsque finalement une bonne âme s’arrête avec son van et nous emmène jusqu’à l’arrêt de bus un peu plus loin. L’odeur de liqueur émanant de notre ami est insoutenable mais c’est toujours aussi drôle. Dans le bus ensuite, c’est un festival ! En plus de l’attraction principale imbibée qui continue ses extravagances, nous en constituons une aussi étant donné que les personnes dans le bus n’ont jamais dû voir le moindre touriste sur cette ligne. Presque tout le monde participe, les photos pleuvent dans tous les sens, les tentatives de communication également. Extraordinaire ! Enfin le bus arrive près d’une station de métro pouvant nous ramener dans le centre de Xi’An, il est temps, la mort dans l’âme de dire au-revoir à tout nos amis, dont Ruby et de rentrer à notre hotel. Le soir nous prenons un dernier verre avec Carole dans le bar très animé de l’hotel pour fêter son départ. Carole, au grand désespoir d’Anaïs, retourne à Pékin pour prendre son avion vers Paris le lendemain matin.

Après ce déchirant départ le vendredi 7 novembre (tous les nantais sont enfin rentrés !:p), Anaïs et moi mettons le cap vers le site de l’Armée des guerriers en terre-cuite, Terracotta. Cet incroyable endroit héberge l’un des plus impressionnant aperçu de la Chine antique. Environ 6000 guerriers en terre-cuite, grandeur nature s’il vous plait et tous différents les uns des autres, ont monté la garde sous terre sur l’âme de leur empereur, Qin Shi Huang, unificateur de la Chine, pendant plus de 2 millénaires !! Apparemment celui-ci entendait ainsi continuer son règne dans l’au-delà. Règne qui fut, en tout cas dans le monde des vivants, remplis d’accomplissements importants : création d’un gouvernement centralisé qui servira de modèle pour toutes les dynasties à venir, standardisation des mesures, de l’écriture, et de la monnaie, construction de presque 7000km de route et conquête de 7 royaumes principaux, le tout avant d’avoir 40 ans. Bon apparemment c’était aussi un peu un tyran fanatique qui aurait fait enterré vivant 460 érudits qui auraient osé le critiquer. Oui il était assez sensible à la critique, voilà c’est tout. Pas de quoi en faire une histoire, il suffit de le savoir et puis on garde son avis pour soit. Même si c’est vrai que l’idée de construire 6000 bonhommes en terre-cuite n’a pas dû faire l’unanimité tout de suite, ce n’était pas la pire non plus. Il aurait pu décider de construire un mur de 7000km dans la montagne comme ses successeurs. Alors hein ?! Et puis le gars il a bossé quand même, peut être qu’il la mérite son armée. Bande d’ingrats ! J’en finis avec l’Histoire pour vous dire que le site a été découvert en 1974 par des paysans qui creusaient un puit. Pas d’eau du coup, mais bonne journée quand même.

L’entrée du site est franchement honteux pour la Chine : 150 yuan, soit presque 20 euros. Mais une guide nous proposant ses services nous donne une idée. Elle nous dit qu’elle coute 180yuan mais qu’en montrant nos permis de conduire français aux guichets elle peut les faire passer pour des cartes étudiants et nous avoir ainsi moitié-prix. On ne prendra pas la guide, mais son idée oui héhéhéééééééé ! Et ça marche comme sur des roulettes, entrée à 75 yuan SVP !

Le site comprend 3 fosses et un petit musée. Il vaut mieux commencer par la n°3, puis la n°2 et finir par la plus grande, la n°1, sinon vous risquez d’être déçus par les n°2 et 3, bien moins impressionnantes. La n°3 est la plus petite, elle ne comprend que 72 guerriers et chevaux. Il est pensé qu’il s’agit des quartiers généraux avec les principaux chefs d’armée. Elle est petite certe, mais du coup on voit les statues de près. Le détail des visages et des habits est véritablement bluffant. La n° 2 est immense (censée contenir 1300 statues) mais la très grande majorité de la fosse n’est pas excavée. Il est cependant intéressant de voir le bois fossilisé des poutres soutenant le plafond effondré en lignes régulières sur le contenu des salles, encore remplies de terre aujourd’hui. On observe aussi le travail d’excavation, beaucoup de statues sont brisées en de nombreux morceaux à moitié ensevelis ici et là. L’assemblage doit prendre un temps fou. Ceci nous est confirmé dans l’impressionnant fosse n°1. Absolument gigantesque, contenant plus de 6000 guerriers, dont une bonne moitiée excavée, elle abrite aussi le lieux de travail des archéologues. De nombreux puzzles 3D de statues y sont en cours. Sur la moitié excavée et restaurée de la fosse, les centaines et centaines de statues sont alignées dans un ordre impressionnant et sur des longueurs interminables. D’en haut on a vraiment l’impression d’être à la place d’un empereur de la Chine antique face à son armée prête à partir au combat. C’est saisissant et tout comme pour la Muraille de Chine (dans un degrè moindre, certes), la quantité de travail que tout cela représente est simplement exténuante.

Après une rapide visite du musée, où sont notamment exposés deux magnifiques carrosses (et chevaux) en or qui se trouvaient également dans les fosses, nous retournons à Xi’An et embarquons dans un train de nuit ves l’est, Langhzou dans la province de Gansu. A notre arrivée au petit matin nous prenons immédiatement un bus pour la petite ville tibétaine de Xiahé, située en bordure du Qinghai voisin, dernière région historiquement chinoise avant le Tibet (Houlalala engagement politique de Spin The World pour un Tibet libre !!). C’est à Xiahé, jolie petite ville au milieu d’une vallée montagneuse, que se trouve l’un des 6 principaux monastère tibétains, le monastère de Labrabg. Il s’agit de la ville tibétaine principale en dehors du-dit Tibet. Du coup si comme nous vous ne pouvez pas aller au Tibet (c’est faisable mais il faut partir en groupe organisé et guidé pour un budget minimum de 120$ par jour, dépense malheureusement non envisageable pour nous), c’est un excellent compromis.

Nous en sommes repartis 3 jours plus tard, le mardi 11 novembre et y avons passé un moment incroyable avec les locaux. Mais commençons par le commencement : le déjeuner du samedi 8 pour lequel nous nous précipitons vers un restaurant tibétain avec une belle vue sur le monastère pour gouter les spécialités locales : momos et thé au beurre de yak. Les momos sont des sortes de raviolis chinois, fris ou à la vapeur, généralement à base de viande de yak (mais pas seulement, loin de là), et le thé au beurre de yak, et bien c’est exactement ça, comme dans 7 ans au Tibet. C’est bon mais ça sent assez fort, c’est indéniable.

Le monsatère est en fait une véritable ville. La plus grande partie est occupée par les habitations des moines (4000 durant son heure de gloire, 1200 aujourd’hui), le reste étant constitués de temples, salles de prière, chörtens, chapelles dans différents bâtiments au style tibétain bien reconnaissable. Le tout est relié par un réseau labyrinthique de petites rues de terre dans lequel on peut se balader librement et croiser ainsi les moines vaquant à leurs occupations, dont les enfants-moines à la vocation précoce jouant comme tout autre gosse de leur âge. En nous baladant nous faisons la rencontre de Dorjee, un jeune tibétain faisant ses études à Lhassa et originaire de Xiahé. En visite dans sa famille avec 4 amis de Lhassa, il nous propose dans un anglais correct de nous servir de guide à travers le monsatère et ses environs. Nous visitons avec eux le Gongtang Chörten, haut de 31 mètres et contenant des décorations intérieures absolument magnifiques, il offre depuis son toit une vue spectaculaire sur le monastère. De là haut nous prenons évidemment plusieurs photos avec nos nouveaux amis et ceux-ci prennent également le temps d’une rapide prière devant une représentation bouddhiste. Nous visitons ensuite un des temples principaux, le temple Manjushri je crois, abritant comme la plupart d’entre eux une grande statue de Bouddha, une multitude d’autres représentations bouddhistes, et plusieurs receptacles à beurre de yak que les pélerins placent ici en guise d’offrande. L’odeur à l’intérieur, du fait des nombreuses bougies et de tout ce beurre de yak, est unique en son genre.

Nous parcourons ensuite une partie du Kora, chemin de prière faisant dans sa petite longueur  tout le tour du monastère sur 3km (la version longue passe dans les montagnes surplombant le monastère (cf. plus loin)). Il est parcourut par les nombreux pélerins dans le sens des aiguilles d’une montre soit debout en marchant normalement, soit, pour les meilleurs des meilleurs (légèrement fanatiques), en se mettant à genoux, puis s’allongeant de tout son long dans la poussière, se relevant, faisant 2 pas, et recommençant. Le tour doit leur prendre un temps tellement long que ç’en est innimaginable. Nous les observions pendant le dejeuner, en 30 minutes 2 d’entre eux avaient du parcourir à peu près 100mètres je pense… Tout le long du trajet se trouvent les roues à prière (1174 en tout) qu’il faut faire tourner en passant (mais ça va ceux qui marchent en s’allongeant tous les 2 pas n’ont pas à les faire tourner, les règles sont plutôt bien faites). Nous finissons la marche en passant à gauche d’un chörten (toujours passer à gauche), et observons certains pélerins qui en font le tour encore et encore inlassablement. De règle générale le pèlerin tibétain aime bien faire le tour des choses (littéralement j’entends (remarque peut être aussi au sens figuré, qui sait)), nous les verrons aussi faire des tours des différents temples du monastère.

Ayant passé une nuit catastrophique assis dans le train depuis Xi’An, nous donnons rendez-vous à Dorjee le soir et rentrons à notre hotel pour siester. Vers 20h il nous emmène dans le petit atelier de son frère, situé dans une rue de terre parallèle au monastère. Son frère est un peintre de Tanka. Les Tankas sont des peintures bouddhistes très appréciées à travers le Tibet et le Népal. On en trouve bien entendu dans tout monastère tibétain, et chez les croyants. On y représente Bouddha dans différentes positions, décors et situations, des démons protecteurs de Bouddha et autres personnages de l’histoire et de la mythologie boudhiste (nous apprendrons que la plupart des prénoms tibétains en sont issus, l’un des démons se nomme d’ailleurs Dorjee). Le rez-de-chaussée de l’atelier, dans lequel nous restons car c’est là que se trouve le poël, est petit et investi par les très nombreuses toiles en cours mais nous y tenons tous, Dorjee, son frère, 4 ou 5 apprentis, 2 petites amies, Anaïs et moi, assis sur de petits tabourets ou par terre. Les tibétains sont par tradition très généreux avec leurs invités, durant toute la soirée (et les 3 jours qui suivront d’ailleurs) ils fourniront bières, cigarettes et nourriture en refusant systèmatiquement que nous participions aux frais. Cela nous gênait mais il devint rapidement clair qu’ils seraient tout aussi gêné (voire plus) qu’un invité paye quoique ce soit. Bien que seul Dorjee parle anglais la soirée est extrêmenent conviviale et nous rigolons bien. Ils nous demandent à un moment donné de leur attribuer des prénoms français à chacun. Nous aurons donc Damien pour Dorjee, Jean-Michel pour son frère, Alain, Guillaume, Alexandre pour les apprentis et Sabrina pour l’une des copines. Nous en avions donné un autre à l’un des apprentis (David) mais apparemment cela voulait dire ‘Stupide’ en tibétain donc après s’être bien fait charrier par ses potes il nous en a demandé un autre. La soirée finit tard et en hôtes remarquables ils nous raccompagnent tous à notre hotel. Nous faisons un boucan incroyable dans la rue et comme l’entrée de notre hotel est fermée sans que nous ayons eu d’indication sur la manière de procéder dans un tel cas de figure nous faisons tous le tour et allons tambouriner sur le portail du parking arrière. Cela fonctionne, le gardien (et sans doute tous les habitants des environs) finit par se réveiller. Avant de nous séparer Dorjee nous fait promettre de quitter l’hotel dès le lendemain pour venir habiter chez ses parents. Top !

Le lendemain, après avoir fait une balade tranquille dans le monastère nous retrouvons la bande à Dorjee et mettons le cap en taxi vers les grandes plaines de Sangké entourées de monts enneigées à 14km à l’extérieur de la ville. C’est là que les tibétains font paître leur troupeaux de yaks, mais c’est surtout le cas en été lorsque l’herbe est haute et verdoyante. Du coup il n’y a pas grand chose à voir hormis le paysage. Dorjee et son frère vont alors acheter des bières et quelques snacks dans un petit village voisin et nous nous enfonçons dans la plaine en suivant un petit cours d’eau pour déguster tout cela tranquillement assis dans l’herbe, tels des lycéens au Parc de Sceaux après les cours. Nous passons encore un excellent moment même si Anaïs et moi laissons les snacks de coté : il s’agit de couenne de porc crue assaisonnée… C’est juste horrible, rien que de les voir croquer là dedans à pleine bouche me soulève le cœur. Nous retournons ensuite chez Jean-Michel (après avoir marché un bon moment sur le bord de la route car il n’y a pas de taxi dans le coin, un lointain cousin de la famille passe en van et se propose de tous nous ramener, dieu merci je ne me voyait pas faire les 14km à pied) pour prendre un apéritif bien mérité. Après avoir dîné de momos au restaurant, nous allons tous ensemble faire un karaoké dans un endroit spécialisé dans le genre de celui que nous avions vu à Pékin mais bien moins grand of course et moins sophistiqué.  A ce moment là nous comprenons que la seule source financière qui paye tout et à tout le monde depuis le début est le frère de Dorjee. Les parents de Dorjee n’ont plus de travail, Dorjee est étudiant, et les apprentis sont nourris et logés chez leur professeur. C’est Jean-Michel qui fait vivre toute sa famille, qui comprend également sa femme et leur nouveau-né ! Il nous dit donc qu’il attend de l’argent du monastère où il a vendu des toiles et après s’être excusé au moins 20 fois (sans exagérer) nous demande si on peut payer les bières au karaoké ce soir. Bien-sûr nous refusons et outrés, partons en claquant la porte ;) Nous prenons donc une caisse de 24 bières et le grand n’importe quoi du karaoké avec une bande de jeunes tibétains commence ! On s’aperçoit bien vite être entouré d’une troupe de chanteurs semi-pros et qu’on va avoir beaucoup de mal avec nos voix de casseroles (enfin surtout Anaïs vous le savez bien) à représenter la France. Après, même si elles sont jolies, les chansons tibétaines se ressemblent toutes plus ou moins, toujours dans un style mielleux, amour et eau fraîche, crooner lover. Mais que mes fans se rassurent, j’ai tout de même chanté ‘Comme elle vient’ acapela, enchaîné  par une superbe version du ‘Maréchal’ par Anaïs. Grand grand moment de musique française. Quand enfin on pensait la soirée prendre fin (depuis 2 jours j’avais l’impression de boire de la bière non stop et je n’en pouvais plus), 2 chinois de quarante ans environ qui étaient dans une salle voisine proposent de se joindre à nous et payent une nouvelle caisse de 24 bières…. HAAAAAAAAA ! (On pourra se demander qu’est ce qui peut bien pousser 2 gars de 40 ans à venir passer une soirée dans un karaoké en mode salle privée… perso si je suis tout seul avec un pote, ce n’est pas la première idée que j’aurais, mais bon, chacun son truc). Nous continuons donc et ça devient un peu bizarre, le frère de Dorjee enchaîne les chansons et commence à danser très serré avec l’un des 2 gars. Ca reste un bon moment mais vers 2h du matin je n’y tiens plus et propose à Dorjee d’y aller. Nous partons donc à pied chez ses parents qui habitent un petit village dans les hauteurs au-dessus de Xiahé. Nous mettons bien 30 minutes à y parvenir et chose très surprenante (sympa mais surprenant), le frère et ses apprentis nous accompagnent alors qu’ils retournent ensuite dormir à l’atelier (sans doute à 1h de marche de l’autre côté de la ville) !!

Le lendemain matin nous faisons la connaissance de toute la famille et découvrons la maison, entre-aperçue dans le noir la veille. Il y a donc les 2 parents, la femme de Jean-Michel et leur bébé. La maison est formée d’une sorte de grand atrium central couvert, entouré par les différentes pièces sur les 4 côtés : chambres, cuisine et débarras. Il n’y a pas de salle d’eau : les toilettes (enfin le trou dans une cabane en bois) sont à l’extérieur et ils se nettoient à partir d’eau dans un bac chauffée sur le poël. La cuisine et les chambres contiennent chacune un poël à bois pour le chauffage. Pas d’eau courante, mais tout de même l’électricité. C’est donc très rudimentaire mais charmant.

Les parents nous montrent aussi une grande hospitalité et nous servent un petit déjeuner à base de thé vert, de pain et de beurre de yak. Enfin c’est plutôt la belle-fille qui nous sert. Au fur et à mesure que nous les observons et échangeons il nous apparaît qu’elle n’a pas une position très agréable. Elle a quitté sa ville natale, sa famille et ses amis pour venir s’installer dans sa belle-famille et son mari ne rentre qu’une fois par semaine (et encore). Elle est quasiment constamment en train de faire telle ou telle corvée, parfois aidée par la mère. Lorsque le père est là elle doit anticiper ses désirs, remplir sa tasse de thé dès que celle-ci commence à se vider, lui servir à manger etc etc. C’est limite si elle ne reste pas debout à côté de lui en attendant qu’il lui demande ou montre un signe d’un quelconque besoin. Et la pauvre n’a que 20 ans. Je remarque aussi qu’elle ne prend que rarement part à la conversation et lorsqu’elle le fait les autres n’accordent leurs attention à ce qu’elle dit qu’une fois sur deux. Nous sommes un peu triste pour elle, mais si c’est peut-être traditionnel, et regrettons de ne pas pouvoir lui parler nous-même à cause de la langue. Autre fait marquant : le bébé ne porte pas de couche mais un pantalon ouvert devant et derrière afin qu’il puisse faire ses besoins sans rien salir. Cette astuce me laisse dubbitatif puisque s’il lui prend l’envie d’uriner alors que quelqu’un le tient dans ses bras, c’est le pull et/ou le pantalon de ce dernier qu’il faudra nettoyer (ce qui arrivera au moins une fois le temps de notre séjour chez eux).

Nous partons ensuite avec Dorjee parcourir le grand chemin de prière qui passent dans les montagnes surplombant le monastère. En passant dans un village nous croisons un grand groupe de personnes travaillant à la construction d’une maison. Une vingtaine de femme sont assignées au transport de la terre sur le toit (pour l’isolation) à l’aide de panier d’osier qu’elles portent dans le dos autour des épaules. Nous nous arrêtons et leur proposons de les aider un peu à leur tâche. Cela les fait rire et elles acceptent avec plaisir. Tous s’arrêtent alors quelques instants pour nos observer et nous prendre en photo. Au bout de 2 aller-retours on commence à les plaindre, elles qui doivent faire ça toute la journée, mais l’ambiance de travail a l’air est très joviale et légère, tout le monde est souriant. Le chef du chantier nous accueille ensuite chez lui et nous offre un bol d’eau bouillante dans lequel il jette un gros morceau de beurre, du pain à tremper dans le bol (ça va plus vite que de tartiner le beurre, c’est pas mal) et du lard. Nous continuons ensuite notre marche dans la montagne et parvenons à un magnifique point de vue au-dessus de la ville et du monastère. L’envergure de ce dernier nous apparaît alors pleinement, c’est impressionnant.

En début d’après-midi nous participons à une visite guidée du monastère qui nous permet, accompagné d’un moine, d’entrer dans des temples jusque là inaccessibles. Certains contiennent des statues immenses de Bouddha, plaquées or, qu’il a été nécessaire de placer là avant la fin de la construction des murs. Nous visitons également la grande salle de prière capable d’accueillir les 1200 moines pour la prière du matin. Plusieurs emplacements sont plus ou moins surélevés pour les moines de haute hiérarchie, les Lamas (maîtres spirituels), dont le plus élevé réservé exclusivement au Dalaï Lama ou au 2ème chef spirituel, le Panchen Lama, considéré comme une émanation du Bouddha de lumière infinie (« Amitabha »). Le Dalaï Lama est venu dans ce monastère de Labrang pour la dernière fois en 1956 avant son exil en Inde en 1959 pour protéger sa liberté voire sa vie à la suite d’une révolte tibétaine à Lhassa. Le pouvoir du Dalaï Lama avait été plus ou moins maintenu après l’annexion du Tibet à la Chine de Mao Zedong en 1949, mais il disparaîtra de fait après l’exil. Lorsque nous la visitons la salle de prière est vide, il vaut donc mieux faire la visite guidée le matin. Il est alors permis d’entrer pendant la grande prière et de la parcourir avec les pélerins qui, fidèles à leurs habitudes, en font le tour encore et encore.

Nous allons ensuite prendre un thé au lait dans une ravissante maison de thé puis retournons à l’atelier du frère de Dorjee. Un des apprentis nous fait à manger avant que nous rentions chez les parents avec les 2 frères pour passer la soirée en famille. Avant d’arriver Dorjee nous demande de ne pas mentionner devant ses parents que lui et son frère fument des cigarettes et boivent de la bière. Encore une différence culturelle assez marrante. Mais du coup je me dis qu’au moins on ne boira pas de bière ce soir là et c’est très bien. Malheureusement je me fourvoyais… Le père veut trinquer avec moi, Dorjee part donc acheter des bières et le bougre revient avec 6 bouteilles de 660ml !! Fuck…. Ce qui est drôle c’est qu’il n’y a que le père et moi qui buvions. Les fils ne sont pas conviés, et les femmes (dont Anaïs) encore moins. Le père se moque de moi parce qu’il boit plus vite sa 3ème bouteille ; ne pouvant pas lui expliquer tout ce que ses fils nous ont fait boire pendant 2 jours je me contente de sourire :p

Ils nous proposent ensuite d’essayer des vêtements tibétains traditionnels, ce qui donne une petite séance d’essayage bien fun. L’habit masculin a une des manches qui est très longue (elle dépasse la main de bien 50cm) mais je n’ai pas bien compris pourquoi. Il faut donc la retrousser pour retrouver l’usage de sa main. Ultra pratiqe ;) Enfin toujours est-il que ces habits sont particulièrement ravissants.

En fin de soirée Dorjee puis ses parents nous demandent de rester une journée de plus. Dorjee l’avait déjà fait la veille et nous avions accepté mais cette fois-ci il est vraiment temps que nous poursuivions notre chemin. C’est donc avec regret et politesse que nous refusons et après une courte nuit de sommeil nous allons prendre le bus pour Langmusi, plus au sud. De nouveau Dorjee et son frère nous accompagne à la station, où nous avons la surprise de retrouver certains des apprentis. Tous ont l’air très émus de notre départ, l’un d’eux nous offre des écharpes de prière, ça fait vraiment chaud au cœur !

Ces 3 jours de vie avec les tibétains resteront certainement dans nos souvenirs comme l’une des plus belles expériences de notre voyage.

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